Dès la fondation du système scolaire haïtien, on retrouve déjà deux systèmes de scolarisation : public et privé. Par manque de structure scolaire pour accueillir les enfants de la nouvelle nation, Jean Jacques Dessalines incita des particuliers à créer des écoles privées pour suppléer les écoles publiques (Joint, L'école dans la construction de l'Etat, 2009). Et aujourd’hui, l’Etat s’appuie encore sur le secteur privé pour offrir ce service public tant nécessaire pour le développement du pays. Environ 80% des institutions scolaires en Haïti appartiennent au secteur privé. Ces institutions scolaires sont souvent catégorisées en se basant sur des critères variées. C’est en tout cas ce qu’a entrepris le sociologue Louis Auguste Joint dans son livre intitulé « système éducatif et inégalités sociales en Haïti ». À la suite d’une enquête pour sa thèse de doctorat, il arrive à distinguer cinq (5) types d’école dans le pays : 1) écoles publiques, 2) écoles congréganistes, 3) écoles indépendantes du premier ordre,4) écoles indépendantes du second ordre et 5) les écoles internationales. Voyons donc de plus près leurs profils !
1- Les écoles publiques
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| Lycée National Philippe Guerrier |
Les écoles publiques sont
inscrites dans l’ADN même du système éducatif haïtien. Par le passé, elles
jouissaient d’une excellente réputation et étaient réservées à un petit groupe
privilégié. À partir de la « révolution de 1843 », des enfants issus
de la masse commencèrent à y avoir accès (Joint, L'école dans la construction
de l'Etat, 2009). Mais cette réputation s’effrite depuis des décennies en
raison des irrégularités comme les retards et absences des fonctionnaires. En
outre, les grèves récurrentes du personnel enseignant et les classes
pléthoriques font partie des problèmes majeurs qui empêchent beaucoup de
parents de vouloir y inscrire leurs enfants. Cependant, certains lycées
comptent parmi les meilleures écoles.
2- les écoles congréganistes
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| Collège Saint François d'Assise |
Dans l’imaginaire collectif, les écoles congréganistes bénéficient d’une
position prépondérante dans le classement des types d’école du pays. Cette
conception est le résultat d’une longue tradition d’excellence. C’est, à
priori, pour cette raison que des familles de toutes couches du pays cherchent
à y trouver une place pour leurs enfants. La rigueur, la discipline et
l’excellence sont les principales valeurs cultivées dans ces structures
scolaires. Autrefois, les élèves qui s’y instruisaient, provenaient
majoritairement de la bourgeoisie haïtienne. Depuis quelques années, de plus en
plus d’élèves qui sont issus des quartiers populaires et de la classe moyenne,
s'y intègrent. Dans ces établissements, les parents paient régulièrement «
l’écolage » et s’expliquent à la direction lorsque ces frais tardent à
venir (Joint, L'école dans la construction de l'Etat, 2009). Les
enseignants, quant à eux, reçoivent ordinairement leur salaire à la fin du
mois.
3- Les écoles indépendantes de type 1
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| Collège Bird |
Souvent nées d’initiatives du
secteur protestant en Haïti, les écoles indépendantes de type 1 regroupent tous
les établissements scolaires privés et non congréganistes qui bénéficient d’une
certaine réputation aux yeux du public. L’écolage varie suivant l’espace
géographique, le bâtiment, l’ancienneté et la politique de l’école. Pourtant,
ces institutions offrent presque le même niveau d’enseignement, qui se
rapprochent d’ailleurs à certaines écoles congréganistes. Selon Joint (2007),
dans la hiérarchie des écoles du pays, leur niveau est moyen. Leurs élèves ont
un suivi pédagogique et des contrôles réguliers. Leurs professeurs sont plus ou
moins bien formés et reçoivent régulièrement leur salaire à la fin du mois.
Elles ont une très large « clientèle » à travers le territoire
national, surtout les enfants des familles qui ont un revenu régulier tous les
mois.
4- Les écoles indépendantes de type 2 ou École Borlette
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| École Mixte Canaan |
À l’instar des écoles
indépendantes de type 1, cette deuxième catégorie d’écoles indépendantes réunit
aussi des écoles privées non congréganistes. Elles s’implantent à la manière de
n’importe quelle entreprise de production qui cherche à tout bout champ de
vanter les mérites de ses produits. À la radio comme à la télévision, des spots
invitent les parents à venir inscrire leurs enfants. Par là, elles récupèrent
les élèves rejetés par les autres écoles et les familles modestes les confient
l’éducation de leurs progénitures. Les professeurs qui y enseignent, sont
souvent peu qualifiés avec un maigre salaire qui arrive tardivement. Ces
établissements scolaires sont marqués par une complaisance tant au niveau de
l’enseignement qu’au niveau du fonctionnement de l’institution. Mais c’est
surtout parce que les dirigeants de ces structures ont peur de la décroissance
de l’effectif de départ, puisque, sans un bon effectif, la faillite n’est pas
très loin.
5- Les écoles internationales
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| Lycée Alexandre Dumas |
Dans un article du site Courrier International, Alan Wechsler retrace brièvement l’histoire des écoles internationales à travers le monde. Selon cet article, « l’origine des actuelles écoles internationales remonte à 1924, mais elles ont connu une croissance exponentielle pendant les vingt dernières années ». La prolifération de ces écoles est due à l’élargissement de la clientèle qui était auparavant les enfants des expatriés, les fils et filles des diplomates en particulier. Aujourd’hui, Haïti compte plus de six (6) structures scolaires de ce type. Et elles se trouvent au sommet de la hiérarchie en termes de la qualité de l’enseignement avec des professeurs qualifiés et mieux payés. Les programmes qu’elles utilisent, sont différents du programme haïtien. Elles appliquent les programmes en vigueur en France, Canada ou aux Etats-Unis.
Cette typologie d’écoles est très révélatrice. Elle traduit, en quelque sorte, la stratification du système scolaire. Et celle-ci cristallise toute la disparité existant à travers la société. Une société dans laquelle l’école n’apparait pas de manière inhérente comme vecteur de promotion sociale. Puisque la qualité de l’enseignement offerte dans certaines écoles, pour ne pas dire la majorité, est très douteuse. Donc l’école républicaine n’existe pas vraiment. Vue que le systeme scolaire ne contribue pas à la constitution de la République du fait qu’il ne fait pas nécessairement émerger un citoyen avec sa capacité de jugement et d’autonomie. Aujourd’hui, l’harmonisation du système scolaire est une nécessité pour arriver à réduire les inégalités scolaires et à faire progresser notre pays.
Jean Rico Paul
Travaux cités
Joint, L. A. (2009). L'école dans la construction de l'Etat. Dans H. Michel, & L. Hurbon, Genèse de l'Etat haïtien (1804-1859) (pp. 225-241). Paris: Les Editions de la Maisons des sciences de l'homme.
Joint, L. A. (2007). Système scolaire et inégalités sociales en Haiti: le cas des écoles catholiques. Paris: L'Harmattan.
Wechsler, A. (2017, Juillet 18). Les écoles internationales surfent sur la mondialisation. Consulté le Aout 10, 2020, sur Courrier International: http://www.courrierinternational.com/article/education-les-ecoles-internationales-surfent-sur-la-mondialisation





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